Comme chaque année le dernier dimanche de février , une foule nombreuse a participé au 65 iéme anniversaire de l’insurrection de la prison d’Eysses . Je vous communique le texte du discours que j’ai prononcé à l’occasion de cette cérémonie .
« Monsieur le Sous-Préfet,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs
Aujourd’hui encore Villeneuve se souvient. Villeneuve n’oublie pas.
C’est avec un grand honneur que je vous accueille ici à la mairie de Villeneuve pour commémorer le 65 ième anniversaire de l’insurrection d’Eysses et perpétuer le souvenir de ces évènements qui s’inscrivent dans l’histoire de notre ville et de notre pays.
Le 19 février 1944, 1 200 résistants emprisonnés dans la centrale d’Eysses , tentèrent une évasion collective pour rejoindre les maquis du Lot et Garonne. Ce fut la plus importante mutinerie de la Résistance française entre les murs d’une prison.
Pendant plus de dix heures la bataille fera rage. Les allemands arrivés sur les lieux menaceront dans la nuit de faire canonner la prison.
Une négociation eu lieu pour échanger les prisonniers devenu des
“ otages”, contre la promesse qu’il n’y aurait pas de sanctions. Les combats cessèrent mais, deux jours plus tard, malgré la parole donnée, une cour martiale fut constituée sur les ordres de Darnand. Après un simulacre de procès , elle condamnera 24 patriotes à être passés par les armes.
Ce sont des français des Groupes Mobiles de Réserve ( GMR), qui fusilleront douze d’entre eux qui mourront dans la cour de la prison d’Eysses en chantant la Marseillaise.
Quelques semaines plus tard, les combattants de la prison d’Eysses seront déportés , en deux convois successifs , vers le camp de concentration de Dachau.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître c’est à l’intérieur d’une prison, derrière de hauts murs, sous la menace des armes, que ces résistants d’origines diverses, découvrirent ensemble le sens profond d’une valeur jusque là plus ou moins abstraite: la solidarité .
C’est cet “esprit d’Eysses” qui leur permettra de combattre et de tenir dans l’enfer de la déportation jusqu’à l’extrême, et qui aujourd’hui encore anime ceux qui furent détenus dans cette prison pendant les années noires de l’occupation .
En ce jour où nous commémorons le 65 ième anniversaire de la révolte d’Eysses, je voudrais au nom de la municipalité de Villeneuve sur Lot et du Conseil général de Lot et Garonne, saluer le courage et l’héroïsme de ces patriotes qui payèrent de leur vie et de la déportation leur combat pour la liberté.
La municipalité de Villeneuve avait souhaité dès son arrivée en 2001 rendre un hommage particulier à l’épopée des résistants d’Eysses. C’est ainsi que fut organisée en 2002 au musée de Gajac , une grande exposition intitulée “ Si hauts que soient les murs “.
Pour commémorer le soixantième anniversaire de l’insurrection, en 2004 , la municipalité avait décidé de faire ériger un mémorial qui est situé place de la Révolution.
Au mois de mai 2006, c’est à Villeneuve qu’ à l’invitation de la municipalité l’association des anciens de Dachau a tenu son congrès national annuel.
En cette année 2009, où nous allons commémorer le soixante dixième anniversaire de la fin de la guerre d’Espagne, je souhaiterai rendre un hommage particulier aux républicains espagnols , dont beaucoup poursuivirent leur combat contre le fascisme dans la résistance et dans les maquis. Plusieurs d’entre eux ont été internés à dans la centrale d4Eysses et figurent parmi les fusillés.
Après le moment d’intense émotion que nous avons tous vécu il y quelques instants dans la cour des fusillés de la prison d’ Eysses , je souhaiterai pour saluer la mémoire des victimes donner la parole à l’une d’entre elles .
J’ai retrouvé une lettre datée du 10 octobre 1943 de Félicien SARVISSE dont vous me permettrez de vous lire un passage.
Félicien SARVISSE, qui était un résistant , a été condamné à Montpellier par un tribunal, composé de magistrats français, à 10 ans de travaux forcés en octobre 1943, puis transféré à la prison d’Eysses où il participera à la révolte.
« chère maman,
… rasures toi pour les petits, il y a deux jours je leur ai donné de mes nouvelles qui sont très bonnes, tout comme le moral. Si j’ai tardé un peu, c’est que je voulais leur annoncer mon jugement auquel malheureusement tu ne pourras pas assister et c’est mieux ainsi car nous n’aurions pas eu le temps de nous voir, le jugement étant à huis clos.
Notre tenue avec mes camarades a été on ne peut plus patriotique. Les vérités étaient si flagrantes que nos juges eux-mêmes n’ont pas voulu en entendre d’avantage et nous ont expulsés de la salle pour pouvoir continuer entre eux, vendus aux boches.
Nous avons protesté en chantant la Marseillaise si fort que les murs du palais et de la prison nous en renvoyaient l’échos. Ils ne nous ont même pas rappelés pour le verdict.
Aujourd’hui , ils nous transmettent sur un exemplaire de douze pages le réquisitoire et le verdict duquel il ressort en imprimé notre fougue patriotique qui les a tous étonnés.
Le verdict ne me touche guère étant donné que ces mêmes juges auront à rendre compte eux-mêmes de leur attitude le jour de la libération qui ne saurait tarder, devant de vrais français et le peuple libéré qui sera mieux placé qu’eux pour juger de leur attitude qui est à la solde de l’ennemi.
Que ça ne t’effraie pas et qu’au contraire ça te tranquilise. Tu pourras dire fièrement en levant la tête que l’orphelin de père et l’aîné de quatre frères en bas âge, a été lâchement condamné à 10 ans de travaux forcés, 10 ans de privation de droits civils et politiques pour avoir voulu défendre son pays contre l’envahisseur qui nous oppresse.
Malgré ça je te crie bon courage et à bientôt.
Mille baisers à toutes deux. Félicien. »
Félicien SARVISSE a été fusillé par des miliciens français le 23 février 1944 dans la cour de la prison d’Eysses en chantant la Marseillaise. »